Les moines du Hozo Ji

Situé sur le flanc nord du mont Arashi, le temple du Hozo Ji a la particularité de se trouver à la limite de deux domaines, celui des familles Kagoshima et Tenshin. Ces deux clans se livrèrent durant plusieurs années à des guerres incessantes visant à s’emparer des terres du clan adverse. Ces luttes destructrices ne cessèrent qu’à la suite de l’intervention d’un moine qui, selon la légende réconcilia les deux samourais et les convainquit de faire la paix. Comme preuve de leur bonne foi et pour remercier le moine, chacune des famille céda une portion de territoire située de part et d’autre de la frontière au moine pour qu’il y fonde un monastère. Quelques mois plus tard, le Hozo Ji se dressait dans la fertile vallée au pied de la montagne.

Mais le temps passa et les chef de clan changèrent. Trois générations après avoir cessé leur lutte, Kagoshima Kazuya contesta la légalité de l’établissement du monastère sur ses terres ancestrales. Le daimyo du clan Tenshin, Tadashi, plaça alors le monastère sous sa protection, s’attirant les faveurs du clergé et brisant les visées expansionnistes de son voisin. Mais certains moines ne l’entendait pas de cette oreille…

Au début, le protectorat des Tenshin permit d’éloigner la menace sans cesse grandissante des Kagoshima. Mais, doutant des motifs profond de Tenshin Kazuya, un petit groupe de novices se mirent à recruter, dans les campagnes environnantes, des fiers à bras de tout acabit : etas, saoulons incorrigible, ronins en quête d’absolution… Une fois convertis (soit pris de remords ou attirés par le côté logé-nourri-blanchi de l’offre), la tâche de défendre le monastère leur fut dévolue. Les premières années se passèrent à la pratique et l’acquisition de notions de base de combat, le tout dans le secret. Mais l’arrivée d’un personnage inattendu au monastère allait changer bien des choses.

Hirosato Ito, le chef du clan Hirosato, céda les plein pouvoir à son fils et décida de se tourner vers la vie monastique, choisissant le Hozo Ji comme lieu de résidence. Bien qu’il avait choisi de laisser loin derrière lui la Voie des armes, celle-ci le rattrapa à son insu. Peu de temps après son arrivée, un contingent du clan Tenshin vint informer l’abbé que ses terres étaient dès maintenant sous la juridiction de Tenshin Tadashi, réquésitionnées pour soutenir l’effort de guerre contre les Kagoshima. Cette situation n’était que temporaire et uniquement pour la protection du monastère. Consterné, l’abbé ne put qu’en informer ses disciples et les prier de se plier aux volonté de leur protecteur. Mais Hirosato, sentant son karma le rattraper, offrit son aide pour entraîner les moines dans les arts de la guerre.

Durant l’année qui suivit, Hirosato dispensa son grand savoir chez les moines dans le plus grand secret, leur enseignant le tir à l’arc, le maniement des diverses lames et armes d’hast ainsi que les techniques de concentration de l’énergie. Les moines lui rendirent la pareille en lui apprenant diverses techniques de méditation et en lui apportant un semblant de paix intérieure. Soudain, le monastère cessa de faire parvenir les impôts et envoya un messager (un moine lourdement armé porteur d’une missive) informant Tadashi que le monastère le remerciait de sa protection qui, dorénavant, n’était plus nécessaire. Dans un accès de rage, Tadashi ordonna qu’on abatte le moine : aucun samourai ne voulut exécuter l’ordre, craignant que de lever la main sur un moine ne leur attire quelque malédiction. Fou de rage, Tadashi dégaina son sabre et décapita le moine qui resta impassible. En guise de réponse, il fit préparer ses troupes et se dirigea à bride abattu vers les pentes du mont Arashi.

Sa surprise fut de taille quand, au lieu de trouver les moines en prise au désarroi dans le temple, il rencontra une troupe armée, sur le pied de guerre, à trois kilomètres du monastère. Vêtus de leurs kimonos blancs et noir, portant l’armure et la tonsure, deux cent moines prêts au combat stoppèrent net son avance. En bon stratège, Hirosato avait prévu la réaction du jeune Tadashi. Maintenant face à face, il lui lança un dernier avertissement, l’enjoignant de retourner dans ses terres et de laisser les moines en paix. Ivre de colère, Tadashi répondit que la tête de chacun des moines irait finir sur un pieux, comme celle de leur messager qu’il exhiba, fichée au bout d’un yari. Puis sans crier gare, il lança ses samourais à l’assaut des religieux. Malgré leur réticences, les troupes de Tadashi obéirent. Leurs malaise tourna à l’incrédulité quand, en réponse à leurs cris de guerre, s’éleva dans une clameur tonitruante le nom du Bouddha et que les moines chargèrent leurs ennemis tels des désespérés!

Bien que trois fois moins nombreux, les sohei prirent par surprise les troupes du jeune Tadashi, percèrent leurs rangs pour foncer droit vers lui et sa garde personnelle. Hésitant à molester des moines et surpris par leur férocité, les samourais entraînés purent à peine contenir le premier assaut qui déborda jusqu’à leur chef. Menant les moines, Hirosato se trouva face à face à Tadashi : le duel était inévitable. Seulement armé d’un bo, il fit face au jeune samourai qui comprit alors, trop tard, son erreur. Il eut à peine le temps de se repentir que le long bâton manié par le moine lui broya le crâne, lui enlevant la victoire ainsi que la vie. Débordés de toute part, les troupes restantes s’enfuirent. La partie était jouée et les moines rentrèrent aux monastère avec leurs blessés et ceux de Tadashi, qu’ils soignèrent et libérèrent par la suite. Plusieurs se firent seppuku, d’autres restèrent et entrèrent dans les ordres. Ainsi prit fin la bataille appelée Sento no uragirimono, la bataille du traître. Le bo qui tua Tadashi fut conservé comme relique dans le monastère et la victoire est commémorée annuellement par une fête ou, après une cérémonie solonnelle, des melons sont écrasés à coup de bâton.

Suite à cette victoire, personne ne vint contester ouvertement l’autorité des moines sur leurs terres. Ils eurent et ont toujours fort à faire pour faire respecter leur territoire : les escarmouches sont fréquentes et les échanges d’insultes fréquents mais il jouissent de la pleine autonomie financière et politique. Le monastère vit également sa popularité augmenter et dut agrandir ses bâtiments et en faire construire de nouveaux. Kagoshima continua à enseigner les arts martiaux jusqu’à sa mort et son savoir fut codifié et enseigné aux nouvelles générations sous le nom de Eido-bo Budo Ryu. L’école est fort reconnue et dispense son enseignement uniquement sur recommandation des aspirants.

Pour les sohei, la priorité réside dans l’apprentissage des techniques de combat. Leur discipline est différente de celle des autres moines : ils sont dispensés des travaux aux champs et des prières bien que ces dernières soient fortement encouragées… Leur diète ne leur interdit pas non plus la viande, nécessaire pour résister aux exercices physiques. Plusieurs d’entre eux use et abuse parfois d’alcool mais ces quelques travers leur sont facilement pardonnés : après tout, leur salut passe par la mort au combat alors on leur permet bien quelques excès…








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